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Ils font un travail remarquable qui vaut la peine d'être soutenu.

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L'entreprise Google

Fondée il y a 20 ans par Larry Page et Sergueï Brin, créateurs du moteur de recherche Google, l'entreprise compte aujourd'hui 74 000 salariés et 90,6 milliards d'euros de chiffre d'affaire. Son modèle économique n'est pas exclusivement basé sur la publicité, bien que ses revenus publicitaires représentent 86 % de son chiffre d'affaires.

Aujourd'hui, Google est une filiale d'Alphabet, la maison-mère d'un groupe implanté partout dans le monde.
Ses services se sont multipliés :
gestion des e-mails avec Gmail, du calendrier avec Agenda, stockage et édition de documents avec Drive et Gsuite, mobile avec Android, publication de vidéos avec Youtube, etc..

Ce que Google sait de nous

Google soumet presque tous ses services à un corpus unique de « règles de confidentialité » qui prévoient que l'entreprise peut collecter :

Google explique utiliser toutes ces données pour mieux cibler ses utilisateurs afin de leur proposer les publicités les plus à même de les convaincre, au bon moment. Comme nous l'avons vu avec Facebook, l'analyse en masse d'informations d'apparence anodines permet d'établir des corrélations censées cerner en détail l'intimité de chaque personne.

Même si Google permet de limiter l'interconnexion de certains types de données brutes (localisation, recherches effectuées et vidéos consultées), il ne laisse aucun contrôle sur tous les autres types de données. Surtout, il ne permet pas de bloquer l'analyse faite sur les données dérivées (nos profils), qui sont pourtant les plus sensibles, et que nous sommes contraints d'abandonner à Google pour utiliser ses services. L'accès aux services Google implique l'obligation de céder ces informations personnelles. Cet abandon résultant d'un consentement non-libre, l'analyse de ces données est illicite — c'est ce que nous attaquons.

La chimère du contrôle

Il ne faut pas se tromper sur le soi-disant contrôle que Google nous laisserait sur l'interconnexion de certains types de données (localisation, recherches, vidéos). Par défaut, Google récupère et croise une quantité monstrueuse de données. Il ne suffit pas que l'entreprise nous donne la possibilité de limiter certaines mesures pour que celles-ci deviennent licites.
Qui a déjà activé les options limitant la collecte de données personnelles par Google ?
L'entreprise tente de s'acheter une image en laissant à l'utilisateur, par un acte volontaire, cette possibilité, en sachant pertinemment que la majorité des utilisateur ne le feront pas. Le consentement est alors dérobé.

Heureusement, le règlement général sur la protection des données (RGPD) a parfaitement anticipé cette tentative de contourner notre volonté. Il prévoit précisément que, pour être valide, notre consentement doit être explicite : « il ne saurait dès lors y avoir de consentement en cas de silence, de cases cochées par défaut ou d'inactivité » (considérant 32). Or, les mesures de surveillance sur lesquelles Google feint de nous laisser un certain contrôle sont « acceptées » par défaut au moyen de cases précochées. Puisqu'elles ne reposent pas sur un consentement explicite, ces mesures sont illicites — nous l'attaquons aussi.

Gmail

Google s'autorise à analyser le contenu des e-mails de ses utilisateurs, envoyés comme reçus.
L'entreprise se permet ainsi clairement d'analyser les correspondances de ses utilisateurs. Plus sournois encore, Google lit les conversations avec les correspondants des utilisateurs de Gmail alors que ceux-ci n'ont jamais donné leur consentement et n'ont même jamais été informés de cette surveillance.

De plus, même si Google a annoncé (EN) ne plus souhaiter analyser le contenu des e-mails à des fins publicitaires, ses « règles » continuent à l'y autoriser — rendant ses déclarations bien superficielles.

Dans tous les cas, en dehors de l'analyse à des fins publicitaires, Google entend bien continuer à analyser les contenus des e-mails pour « nourrir » ses algorithmes de prédiction (et les algorithmes de Google sont, sur le long terme, probablement ce que l'entreprise a de plus précieux).

Ainsi, sur Gmail, l'entreprise présente ses algorithmes comme des assistants à la gestion des rendez-vous et des correspondances et en affiche fièrement l'ambition :
remplacer les humains dans la multitude de choix qu'elle juge « secondaires » (avec qui parler, quand, pour dire quoi), pour que l'humanité reste concentrée sur ce à quoi elle devrait être dédiée - être productive.

Enfin, s'agissant de son activité traditionnelle — la publicité —, Google ne se cache pas de continuer à analyser les métadonnées des e-mails (qui parle avec qui, quand, à quelle fréquence) pour identifier plus précisément ses utilisateurs et leurs contacts. Cette analyse se retrouve également dans l'application maison de messageries instantanées, Allo :
les messages sont par défaut enregistrés sur les serveurs de Google. Pire, les messages vocaux sont écoutés et transcrits par Google et l'utilisateur ne peut pas s'y opposer.

Ces métadonnées, qui sont créées « par des machines, pour des machines », sont bien plus simples à analyser automatiquement que le contenu des e-mails (écrit par des humains, et donc soumis à la subtilité du langage) tout en pouvant révéler des informations au moins aussi intimes :
savoir que vous écrivez subitement à un cancerologue peut révéler plus d'informations sur votre état de santé que le détail de ce que vous lui dites, par exemple.

Ici, au cœur de l'activité de Google, plus question de laisser à l'utilisateur le moindre contrôle sur ce qui peut être ou non analysé — pour utiliser Gmail, nous devons entièrement céder notre droit fondamental à la confidentialité de nos communications (ainsi que celui de nos correspondants, malgré eux).

Google nous piste sur le Web

16 % du chiffre d'affaires de Google proviennent de ses activités d'entremetteur publicitaire, qui consiste à mettre en relation des annonceurs avec « plus de deux millions » de sites ou blogs tiers qui souhaitent se rémunérer par la publicité ciblée. Sur chacun de ces sites, c'est Google qui affiche techniquement chaque publicité, et cet affichage lui permet de déposer les cookies et autres pisteurs grâce auxquels il peut retracer la navigation de tout internaute (inscrit ou non à ses services).
Ici encore, nous n'avons jamais consenti de façon valide à ce pistage.

De l'exacte même façon, Google nous piste sur les innombrables sites qui ont recours au service Google Analytics. Ce service aide les sites à analyser l'identité de leurs visiteurs, tout en laissant Google accéder aux mêmes informations.

Une simple analyse de trafic sur des sites comme lemonde.fr, lefigaro.fr, hadopi.fr ou defense.gouv.fr permet par exemple de constater qu'en accédant à ces sites, diverses requêtes sont envoyées à doubleclick.net (la régie publicitaire de Google) et/ou google-analytics.com, permettant à Google de connaître ne serait-ce que notre adresse IP, la configuration unique de notre navigateur et l'adresse URL de chaque page visitée sur chacun de ces sites.

Les responsables de ces sites sont tout autant responsables que Google de ce pistage illégal - nous nous en prendrons à eux plus tard - par lequel le géant publicitaire peut encore plus précisément nous ficher.

Enfin, Google compte bien étendre sa présence sur l'ensemble du Web en régulant lui-même la publicité :
en configurant son navigateur Google Chrome (utilisé par 60 % des internautes) pour qu'il bloque partout sur le Web les publicités qui ne correspondraient pas aux critères (de format, d'ergonomie...) décidés par l'entreprise.
Le message est ainsi clair :
« si vous voulez faire de la publicité en ligne, utilisez les services Google, vous vous éviterez bien des soucis ! »

D'une pierre trois coups, Google passe d'une part pour un défenseur de la vie privée (puisqu'il bloque certaines publicités intrusives), incite d'autre part les internautes à désactiver les bloqueurs tiers (tel que uBlocks Origin qui neutralise efficacement nombre de traçeurs de Google) puisque que Google Chrome en intègre un par défaut, et incite enfin encore plus d'éditeurs de page Web à afficher ses publicités et donc à intégrer ses traçeurs, partout, tout le temps.

Youtube

La plus grosse plateforme vidéo d'Internet (et le second site le plus visité au monde, d'après Alexa), Youtube, appartient à Google.

Youtube ne se contente pas seulement d'héberger des vidéos : il s'agit d'un véritable média social de contenus multimédia, qui met en relation des individus et régule ces relations.

En effet, lorsqu'une vidéo est visionnée sur Youtube, dans 70 % des cas, l'utilisateur à été amené à cliquer sur cette vidéo via l'algorithme de recommandation de Youtube. Un ancien employé de Youtube, Guillaume Chaslot (voir notamment son entretien dans le numéro 5 de la revue Vraiment, paru le 18 avril 2018), expose les conséquences de cet algorithme. Le but de l'algorithme n'est pas de servir l'utilisateur mais de servir la plateforme, c'est-à-dire de faire en sorte que l'on reste le plus longtemps possible sur la plateforme, devant les publicités. L'employé raconte que lors de la mise en ligne d'une vidéo, celle-ci est d'abord montrée à un échantillon de personnes et n'est recommandée aux autres utilisateurs que si elle a retenu cet échantillon de spectateurs suffisamment longtemps devant l'écran.

Cet algorithme ne se pose pas la question du contenu - de sa nature, de son message… En pratique, cependant, l'ancien employé constate que les contenus les plus mis en avant se trouvent être les contenus agressifs, diffamants, choquants ou complotistes. Guillaume Chaslot compare : « C'est comme une bagarre dans la rue, les gens s'arrêtent pour regarder. »

Nécessairement, on comprend que, en réponse à cet algorithme, de nombreux créateurs de contenus se soient spontanément adaptés, proposant des contenus de plus en plus agressifs.

Dans le but de faire le maximum de vues, Youtube surveille donc le moindre des faits et gestes des utilisateurs afin de les mettre dans la condition la plus propice à recevoir de la publicité et afin de les laisser exposés à cette publicité le plus longtemps possible… mais ce n'est pas tout !

Youtube, désirant ne pas perdre une seconde de visionnage de ses utilisateurs, ne prend pas le risque de leur recommander des contenus trop extravagants et se complait à les laisser dans leur zone de confort. L'ancien employé déclare qu'ils ont refusé plusieurs fois de modifier l'algorithme de façon à ce que celui-ci ouvre l'utilisateur à des contenus inhabituels. Dans ces conditions, le débat public est entièrement déformé, les discussions les plus subtiles ou précises, jugées peu rentables, s'exposant à une censure par enterrement.

De plus, Youtube bénéficie du statut d'hébergeur et n'est donc pas considéré comme étant à priori responsable des propos tenus sur sa plateforme. En revanche, il est tenu de retirer un contenu « manifestement illicite » si celui-ci lui a été notifié. Compte tenu de la quantité de contenus que brasse Youtube, il a décidé d'automatiser la censure des contenus potentiellement « illicites », portant atteinte au droit de certains « auteurs », au moyen de son RobotCopyright, appelé « ContentID ». Pour être reconnu « auteur » sur la plateforme, il faut répondre à des critères fixés par Youtube. Une fois qu'un contenu est protégé par ce droit attribué par Youtube (en pratique, il s'agit en majorité de grosses chaînes de télévision), la plateforme se permet de démonétiser ou supprimer les vidéos réutilisant le contenu « protégé » à la demande de leur « auteurs ».

Un moyen de censure de plus qui démontre que Youtube ne souhaite pas permettre à chacun de s'exprimer (contrairement à son slogan « Broadcast yourself ») mais cherche simplement à administrer l'espace de débat public pour favoriser la centralisation et le contrôle de l'information. Et pour cause, cette censure et cet enfermement dans un espace de confort est le meilleur moyen d'emprisonner les utilisateurs dans son écosystème au service de la publicité.

Contrairement à ce que Google tente de nous faire croire, la surveillance et la censure ne sont pas la condition inévitable pour s'échanger des vidéos en ligne. On peut parfaitement le faire en total respect de nos droits. PeerTube est une plateforme de partage de vidéos proposant les mêmes fonctionnalités que Youtube mais fonctionne avec des rouages différents. Les vidéos ne sont pas toutes hébergées au même endroit : n'importe qui peut créer son instance et héberger chez lui des vidéos. Les différentes instances sont ensuite connectées entre elles. Chaque instance a donc ses propres règles, il n'y a pas une politique de censure unifiée comme sur Youtube, et surtout ces règles ne sont pas dictées par une logique commerciale.

Infiltration de l'open source sur Android, cheval de Troie de la surveillance

Google porte le logiciel Android, son système d'exploitation pour smartphones. En diffusant des outils réutilisables afin d'« aider » les développeurs à développer des applications mobiles pour Android, Google a réussi à faire largement adopter ses « pratiques » par de nombreux développeurs : les codes diffusés contiennent souvent des pisteurs Google et ceux-ci se retrouvent ainsi intégrés dans de nombreuses applications qui, à priori, n'ont absolument aucune raison de révéler à l'entreprise des informations sur leurs utilisateurs.

C'est ce que révèle parfaitement l'association Exodus Privacy :
logo de exodus privacy. Une lettre greque epsilon blanche dans un cercle violet
des traces des pisteurs Google Ads, Firebase Analytics, Google Analytics ou DoubleClick ont été retrouvées dans le code de plus de 3 000 applications analysées, dont Deezer, Spotify, Uber, Tinder, Twitter, Le Figaro, L'Equipe, Crédit Agricole, Boursorama ou Angry Birds.

Par ailleurs, Google tente régulièrement de s'acheter une image au sein du milieu du logiciel libre. Ainsi, les sources de Android sont libres de droit. Cela ne veut pas dire que son développement est ouvert :
Google choisit quasiment seul les directions dans le développement du système.

En outre, en plus du système Android stricto sensu, Google impose aux constructeurs de smartphones d'embarquer sur leurs produits les mouchards que sont ses applications. En effet, le marché des applications étant ce qu'il est, les constructeurs de smartphone considèrent qu'un téléphone Android ne se vendra pas s'il n'intègre pas le Play Store (magasin d'applications) fourni par Google.

Or, pour pourvoir accéder au Play Store, un téléphone doit avoir les applications de surveillance de Google. Ces services Google étendent les possibilités du système et deviennent parfois indispensables pour faire fonctionner un certain nombre d'applications, permettant à l'entreprise de traquer les utilisateurs de smartphones : la géolocalisation continue de l'utilisateur est récupérée, permettant à Google de connaître les habitudes de déplacement des usagers ; la liste des réseaux WiFi est envoyée à Google quand bien même l'utilisateur a désactivé le WiFi de son téléphone ; le Play Store impose de synchroniser son compte Google, permettant un recoupage encore plus fin des données.

Et, bien évidemment, ces services Google ne sont pas libres. Android devient donc le prétexte open-source pour placer dans la poche de l'utilisateur toute une série d'applications Google dont le but est d'espionner. Cela n'empêche pas l'entreprise de communiquer massivement sur ses projets libres très souvent intéressés, à l'image de son dernier outil libre de tracking.

Enfin, l'intégration du Play Store conduit à attribuer automatiquement un identifiant publicitaire unique à chaque utilisateur. Cet identifiant est gratuitement mis à disposition de toutes les applications et, à la façon d'un « méga-cookie », permet aux applications de tracer le comportement des utilisateurs sur l'ensemble des services utilisés. Ici, les outils de surveillance de Google sont gracieusement offerts à des développeurs tiers afin d'attirer le plus grand nombre d'applications sur Android — où Google, au sommet de cette structure, pourra librement surveiller tout un chacun.